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Récits de mes expériences avec la résine polyester.

 
par Bolly

Il n'a pas fallu longtemps au maître Piou pour convaincre le petit Bolly de se lancer dans la fabrication de planches de surf. Bien que plus solide et plus légère, la conception epoxy m'a freiné un petit peu pour deux raisons importantes qui sont le prix et le manque (pour ne pas dire la quasi totale absence) de shapers locaux (départements 40 et 64) qui en font ou en réparent (à ma connaissance : SUPERFROG à Biarritz et KS à Bidart).

Après mures réflexions, je me suis dis que commencer par des réparations et quelques bricolages divers en résine polyester m'apprendrait à comprendre les réactions de la résine avec différents supports ainsi que les temps de polymérisation, de séchage, de tolérance (et d'intolérance !!!) avec certaines matières et certains pigments de couleur.

De peur de me lancer à corps perdu et d'affronter l'extrême blancheur d'un pain de mousse, j'ai eu l'aubaine de récupérer un vieux fish "destroy" des années 70' ainsi qu'un mini-malibu Hang-Ten réparé moult fois et complètement défoncé ! En y réfléchissant conjointement avec Piou, un délaminage intégral, un re-shapage du pain, une re-déco intégrale et une re-stratification des 2 engins paraissaient être un moyen très intéressant et bon marché de se lancer lentement mais sûrement dans le shape perso.

Me voilà donc en train de retirer avec précaution tout ce qui se trouvait sur les surfs en essayant d'abimer le moins possible le noyau central des boards. Heureusement, les deux planches étaient assez vieilles (20 ans pour l'une et 9 pour l'autre), le soleil, les années et le sel avaient fait tant de dégâts (sans oublier les nombreuses réparations anarchiques et maladroites ni les gamelles brutales et répétées !) qu'il a été très facile de retirer toute la stratification sans trop détériorer le pain (un peu comme on pele une banane)..

Les pains à nus, un bon mois de séchage dans un endroit sec et aéré s'imposait histoire de pouvoir commencer le travail dans les meilleures conditions.

Ce mois de repos, m'a laissé le temps de préparer l'outillage, la recherche d'un fournisseur local et bon marché, de préparer le principe de la décoration future ainsi que de préparer moralement et physiquement la copine à la tournure future des temps de loisir et des week-ends !!!

Il reste un léger problème que je n'ai pas encore évoqué : le local ! Vivant dans un petit F2 à St-Jean-de-Luz avec des voisins très chiants et un syndic de colocataires très très chiant aussi, il m'était impossible de shaper ni dedans ni même sur terrasse de l'appart. Je n'ai ni cave, ni grenier… donc impossible de travailler sur les planches la semaine. Restait la solution du week-end où la princesse et moi partions nous retirer dans un camping au bord du secret spot d'Arna (voir photos sur le site illustré !). Là, le long de la caravane il y a un haut-vent suffisamment long, haut et large pour accueillir une installation, la planche, une table et deux personnes qui tournent autour !!! Avec l'accord parental de la copine, nous voilà soulagés pour le local.

Après consultation du maître Piou ainsi que du portefeuille de Bolly, l'achat du matériel de base s'est avéré des plus simples et Mac Gyver m'a énormément aidé à bricoler et réunir la panoplie du petit shaper artisanal. Je vais donc tenter de répertorier vite fait la totalité de l'équipement :

Voilà, je crois avoir fait le tour de l'équipement de base que j'ai dû acquérir pour cette nouvelle expérience. Il me restait toutefois le problème de la température car l'an passé, l'automne s'est installé très top et il fallait parfois utiliser des petits radiateurs électriques pour assécher et réchauffer l'air frais et humide qui régnait sous le haut-vent dans les Landes. Petite précision : j'ai attaqué les deux planches entre le 15 septembre et le 15 novembre.

La première planche que j'ai attaquée est le fish vert surnommé le "Cornichon", celle à laquelle je tenais le moins et que je ne craignais pas de massacrer pour mes débuts.

Je l'ai entièrement délaminé et laissé sécher plus d'un mois pour qu'elle soit prête à l'épreuve du re-shapage. Le pain était très abîmé, gavé d'enfoncements, jauni de partout, réparé n'importe comment avec des bourrages de résines et de colles en tout genre, sans oublier les voies d'eau et accidents divers l'ayant fragilisé. Un autre problème s'est alors présenté à moi et pas des moindres : le plug et les 3 dérives étaient fixes et bien ancrés de sorte que je ne puisse les retirer sans défoncer totalement la planche. Donc me voilà obligé d'entamer tout le reste du boulot avec ces encombrantes dérives. Heureusement dans les années 70', les fishs étaient très épais et grâce à cela j'ai pû récupérer la quasi totalité de la blancheur du pain en ayant enlevé au moins un centimètre d'épaisseur sur tous les plans. Toutefois, certaines "taches" demeuraient et m'ont forcé à opter pour une déco couvrante et générale de toute la planche. De plus je voulais un fish incassable et donc l'option du tissus de coton collé dans la masse me permettait de rajouter une couche de solidité tout en couvrant les accidents du pain.

Là encore je suis allé dans une grande surface du tissus d'ameublement et j'ai pris le moins cher, mais, et c'est important, un 100% Coton.

J'ai donc taillé deux gabarits du dessus et du dessous dans le tissus en prenant soin de laisser les deux côtés se recouvrir largement sur les rails. Par le plus grand des hasards, j'ai trouvé une paire de ciseaux avec des dents de façon que le tissus ne s'effiloche pas et laisse apparaître un joli bord dentelé sur les côtés.

Aussi, pour se simplifier le boulot, comme le nose et les deux pointes du fish-tail étaient très abîmés, j'ai décidé de tailler le nose et les deux pointes dans du bois et de les mettre en place histoire de faire solide et très joli. J'ai donc contrecollé une vingtaine de fines lattes en bois de pin mais de deux teintes différentes en les alternant pour faire plus joli (une claire - une foncée - une claire - une foncée -…) Et là intervient l'huile de bras et le papier de verre… plus un petit coup d'œil pour remplacer avec harmonie les trois parties endommagées. Cela m'a pris en gros 5 heures pour poncer et réduire presque parfaitement les pièces de bois et les intégrer au plus juste sur le nose et le tail. L'étape suivante consistait simplement à substituer la mousse endommagée par les 3 parties de bois. J'ai délicatement évider et disséqué le pain pour mettre en place les petites pointes. Avec de fines bandes de tissus de verre et une résine rapide (avec un peu plus de polymère que conseillé !) j'ai collé et fixé les trois nouvelles extrémités du fish. Le tout à séché quelques heures et un dernier petit coup de papier de verre a peaufiné le travail histoire de ne sentir (presque aucune) différence de marche entre le pain, la fibre, le bois et la résine. Me voilà donc prêt à commencer les hostilités de la décoration.

Tout a commencé par des petits caches et masques sur les dérives et le plug histoire de ne pas les encoller ou de les abîmer lors des étapes suivantes. Après j'ai posé mon premier côté de tissus (celui du dessus si je me rappelle bien…) et j'ai enduit le tout de résine en faisant bien dégueuler la résine pour que cette couche ne fasse qu'un avec le pain. Quelques heures…

Séchage… Ponçage délicat et découpes des éventuelles barbes de fibre de coton récalcitrantes. Ensuite idem pour la face du dessous.

Fier comme l'autre mousquetaire, me voilà face à une planche avec finition bois et tissus de coton prête pour la stratification. Un dernier détail de personnalisation me travaillait et donc j'ai décidé d'y apposer ma petite touche perso en dessinant sur du papier de soie à l'encre de Chine un joli dragon pour le dessous et mon propre logo pour le dessus.

Le choix de la stratification était de mettre trois couches en dessus (une de grosse fibre 250g et deux de fine 125g) et deux au dessous (une grosse et une fine).

Il ne va pas sans dire que les premières couches de fibre de verre que l'on encolle sont un véritable challenge surtout avec la résine polyester. Non pas parce qu'on est complètement shooté après 5 minutes à cause des vapeurs mais parce que le temps presse et qu'après ± 18 à 20 minutes elle fige et durcit sans que l'on ne puisse plus rien faire. Donc, on a 20 minutes depuis la première goutte de polymère que l'on verse dans le pot de résine jusqu'au moment où la raclette commence à ramasser des paquets de "morve" !!! Donc c'est une phase hyper délicate, stressante et speedante où il faut prévoir tout ce qui peut se passer et tout ce qui ne peut pas se passer !!! Là, il est intéressant d'avoir un(e) partenaire docile et habile pour donner un coup de main, et j'avais la chance d'avoir une copine rapide et précise pour cette nouvelle épreuve.

Nous voilà donc occupés à stratifier couche après couche le futur engin. J'aurais pu choisir de stratifier toutes les couches d'un côté en même temps (comme les pros) mais le risque de bulles ou de tout gâcher d'un coup m'a retenu, quitte à ce que cela prenne plus de temps et coûte un peu plus en résine. Un dernier souci fut de tailler le tissus chaque fois en laissant le débord suffisant pour couvrir les rails. Je n'ai pas trouvé la technique idéale pour éviter un pli ou deux ou pour éviter l'effilochage de la fibre de verre. J'ai bel et bien taillader en faisant des petits triangles pour que le tissus se pose sans se chevaucher sur les rails mais en vain le résultat n'était pas si impeccable qu'espéré. Cela dit j'y pense sérieusement et au printemps, j'attaquerai une 8 pieds en tentant une autre méthode. Ils vendent des bandes de± 10 cm de long de fibre de verre sur X mètres de longs (parfois surnommée "cravate") et je vais commencer par coller tout le long du rail, du nose au tail cette bande de 10 cm de large qui le couvrira sans faire trop de plis j'espère (?!). Et ensuite je reviendrai avec les couches successives du dessus et du dessous mais avec beaucoup moins de débord, à peine un centimètre ou deux.

Je reviens au fish en étant bien sur obligé d'attendre à chaque couche minimum deux heures de séchage avant de poncer et récupérer les imperfections des rails, du fish-tail et des jointures avec les dérives. Il faut absolument, à chaque fois que vous commencez une nouvelle couche, que la couche du dessous ne présente plus aucune imperfection, ni trou, ni bulle, ni rien qui puisse altérer l'harmonie de pose de la couche supérieure et croyez-moi c'est pas si facile que ça… la plupart du temps il s'agit d'imperfections de relief en creux ou en bosse.

Pour toutes ces étapes précédant le glaçage, c'est-à-dire le gros du shape et le ponçage de chaque couche de stratification, la ponceuse vibrante avec plusieurs grains de papier de verre permet un bon résultat et rapide surtout (!) Il suffit d'un coup de chiffon imbibé d'essence F (surtout pas d'acétone !!!) pour absorber et nettoyer les surfaces poncées et la couches est prête à être recouverte par une nouvelle couche de stratification.

Je termine enfin la dernière couche et ponce finement le tout pour le fameux glaçage ! Là comme le maître Piou, la technique du glaçage reste une fois de plus une étape délicate et réservée aux glaceurs !!! Ma technique fut d'ajouter au mélange de résine et de polymère 10% de styrène qui a la propriété de contenir une espèce de paraffine qui remonte en surface et rends la résine lisse et non collante. J'ai chauffé la pièce un peu plus qu'il ne faut et préparé un mélange pas trop rapide. Et là avec un pinceau bien large et pas trop ébouriffé j'ai étalé le mélange de glaçage sur le premier côté… séchage et léger ponçage au joint avec le rail pour que le glaçage de l'autre côté se fonde correctement dedans au niveau du rail. Mélange identique et mêmes conditions pour l'autre côté… et là une semaine de séchage.

La dernière étape, plus cool, consistait à retirer tous les caches des dérives et du plug. Ensuite l'huile de coude et la sueur en réserve pour attaquer le ponçage MANUEL de l'engin. Un premier passage avec du papier moyen et une finition longue et pénible avec du super fin pour carrosserie avec un filet d'eau constant pour éviter que la résine ne chauffe et n'adhère au papier de verre.

Quant aux dérives, je les ai poncées à fond et recouvertes de tissus en coton imbibé de résine, re-poncées un petit coup et après lors du glaçage final, je les ai "glacées" en même temps pour qu'il n'y ait pas d'escalier entre les dérives et la surface de la planche. Un coup de ponçage bien fin et nous voilà avec de nouvelles dérives plus solides et très originales.

Et voilà !!! Nous voici avec un fish flambant neuf, solide, personnalisé et pas cher du tout !

Y avait plus qu'à le mettre à l'eau et voir si ça flottait ! Grosse appréhension quant aux réactions dans l'eau mais au résultat la planche part très bien dans le creux et son petit côté rondouillard et volumineux en fait une planche maniable, rapide et facile à partir au take off.

Vous pouvez la voir dans le site à la page Déco , c'est le fish vert aux dérives jaunes.

En ce qui concerne la deuxième planche, j'ai rencontré quasiment les mêmes problèmes sauf qu'ici le principe consistait de partir d'un mini-malibu Hang-Ten de 2,29 m et d'en faire un gun de ± la même longueur. Dans ce cas j'ai photographié la planche avec un appareil numérique et dans un logiciel de dessin j'ai importé la photo en redessinant par dessus une grille en centimètres proportionnelle à la taille de la planche. Ainsi j'ai pu lui donner virtuellement sa nouvelle forme et imprimer les cotes sur papier pour en faire un gabarit grandeur nature. Le pain de mousse "dé-stratifié" j'ai apposé le gabarit sur la planche et découpé soigneusement la nouvelle forme. Après cela, je l'ai poncée et re-shapée pour en faire un mini-gun très tendu aux rails acérés et bien sportifs !!!

Par contre je me suis retrouvé face aux même soucis de dérives fixes, de plug, de taches, d'enfoncements, de jaunissements et même de la latte centrale brisée en deux. Dans ce cas, j'ai évidé le pain sur 25 cm de long et 3 cm de profondeur de chaque côté de la fêlure et j'y ai enfoncé de chaque coté une fine latte en bois. Ensuite avec un petit mélange de résine et de micro-billes, j'ai rempli les deux cavités et le tout a re-solidarisé et solidifié la planche comme auparavant.

Pour la décoration, j'ai opté pour une procédé différent consistant à teindre la résine avec un pigment et obtenir ainsi une résine homogène couvrant ainsi toutes les imperfections du pain de mousse (voir à la page Déco, c'est le gun jaune). J'ai procédé de la même manière pour le reste des étapes ainsi que pour la finition bois du nose et du tail, la petite personnalisation avec le papier de soie et le logo en noir, le glaçage etc…

Le résultat est un mini-gun très tendu et très rapide qui a cependant gardé une bonne largeur au milieu qui me permet de partir très vite dans la vague sans être obligé de me lancer dans le creux. Elle est très par contre très fine sur l'arrière et nécessite quand même une taille raisonnable pour ne pas sombrer ! Je l'ai essayée dans un mètre parfait glassy ainsi que dans du gros 2,50 m et chaque fois ce fut le régal, elle échappe très vite à la fermeture de la vagues tout en permettant des virages radicaux pour revenir dans le curl. Le seul hic, c'est peut-être son léger manque de nose qui m'oblige souvent à partir légèrement de travers au take-off pour ne pas enfourner.

Voilà mon histoire et mes débuts en collaboration avec Piou et son expérience. Je vous tiendrai au courant de ma prochaine aventure au printemps 2002 qui sera sans doute une 8 pieds (2,40 m), clonage d'un single TAKAYAMA des années 70'.


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