Ma première commande

dimanche 22 octobre 2006.
 

À plusieurs reprises, des amis m’ont demandé de leur faire une planche et à chaque fois je me suis dégonflé... Dégonflé de peur de leur faire un engin qui ne marche pas bien ou qui présente un (ou des) petit(s) défaut(s). Quand il s’agit de mes propres planches, je m’en moque et parfois je peux même rectifier les erreurs ou au pire corriger le tir sur la planche suivante. Mais quand c’est pour un « client », le problème est tout autre car là, on n’a pas droit à la moindre erreur ! Sans compter que je n’ai vraiment pas le niveau pour reproduire toutes les exigences sur un pain ! Le shape c’est un métier et je ne suis pas shaper et ne le serai jamais !!! Voilà !!!

De plus, mes propres créations sont, pour la plupart, des planches adaptées à mon niveau et j’ai fini par trouver la bonne répartition des volumes, le style de shape, de pont, de rail, de carène, de tail... enfin tout ce qui me correspond. Mais quand il s’agit de le faire pour quelqu’un d’autre, il faut taper tout de suite dans le mille ou alors faire une copie de shape existant et ça ce n’est pas pareil. Mais l’exercie est déjà beaucoup plus flippant, surtout que quand il y a un souci, en général, il vient toujours de la planche et rarement du surfeur (Hum hum !!!). Mais voilà que cet été, notre ami le clown Super Coconuts a tellement insisté et encore insisté que j’ai fini par accepter le boulot et le défi.

J’ai accepté pour plusieurs raisons :
- C’est mon ami d’enfance et passionné de surf, il voulait ABSOLUMENT surfer avec une planche réalisée par Bolly apprenti shaper !
- Je le connais bien et j’ai longuement disséqué son style et son niveau pour arriver à un style de shape qui lui conviendrait...
- Le but est de réaliser une planche évolutive un petit plus technique qu’une saucisse et non un missile de guerre pour attaquer Maveriks !
- Avec Piou, on est arrivé tous les trois à une conclusion positive sur la taille, le volume, l’outline et le prix du futur « bébé » !
- Et enfin, il me laissait un an pour la faire puisque je ne le reverrai que l’été prochain pour livrer ma commande.


Ce mois de septembre plus que clément, m’a laissé le temps d’étudier le shape, d’aller à Soorts chez SURFOAM acheter une 8’3’’ avec une latte en samba d’un centimètre ainsi que tous les ingrédients de chimie et de stratification chez QUAI WEST sur Bordeaux. Une fois le caddie plein, je n’ai pas pu attendre le printemps 2007 et je me suis lancé...

J’y suis allé molo molo et j’ai quasi tout shapé à la cale à poncer. C’est beaucoup plus long qu’au rabot mais ça permet d’enlever micron par micron et de moins vite faire une erreur de défonce dans le joli pain blanc !!! Ca laisse le temps de mesurer et de remesurer à son bon gré sans trop stresser.

Le but du jeu consistait à faire une 8 pieds pour remplacer sa vieille Natural Bic toute gondolée et toute pourrie sur laquelle il ne progressait plus mais régressait. Donc, il s’agissait de shaper une planche évolutive mais un peu plus technique qu’une planche évolutive classique.

Coco surfe depuis plusieurs étés maintenant et il faut qu’il ait une planche qui flotte bien, avec un volume généreux, une planche pas trop ronde et avec un outline plus effilé qu’un Malibu. Aussi, pour éviter de le voir enfourner à chaque take of, j’ai réalisé un rocker doux mais pas trop pénalisant pour la vitesse et un lift pas trop relevé pour qu’il garde de la stabilté dans ses virages.

La carène est assez plate sur le premier tiers avant et puis un joli Vé s’étire jusqu’au tail afin de tolérer ses erreurs de conduite. Par contre le rail est bien acéré sur l’avant, devient 30/70 sur le milieu et redevient très tendu sur le tail afin de pouvoir obtenir de la précision dans ses virages plus serrés ou dans ses changements de direction improvisés ( !).


Aussi, ce fut une première au niveau du montage des dérives, car je suis assez partisan du montage en single et des conduites « rétro » et là, Coco voulait une montage avec un Rail US central ainsi que deux dérives latérales amovibles. J’ai donc suivi les conseils de Piou pour le montage relativement facil et très bon marcher du Power Drive.

Pour la solidité et la résistance aux assauts des genoux, coudes, coups de tête et mauvais traitements en tout genre de notre ami Coco, j’ai opté pour une stratification de trois couches sur le pont (deux couches de 250 gr et une couche de 125 gr) et de deux couches pour la carène (une de 250 gr et une de 125 gr) et un bon glass bien épais par dessus le tout !!!


Pour le puits de leash, j’ai choisi ma méthode préférée et très solide qui est le « style hawaïen ». Je perce une petit conduit au bout du boîtier US et au travers de la latte en bois. Ensuite j’élargis ce petit conduit et y coule un mélange bien dur de micro-ballon. Cette opération, je la fais au tout début, avant de réaliser toute la stratification.

Ainsi, quand toutes mes couches de fibres par dessus sont sèches (et le glass aussi), je perce d’abord avec une petite mèche bien au centre du petit « fût » de résine et ensuite j’élargis un petit peu de sorte à pouvoir passer une boucle de part en part de la planche en passant par le boîtier US. Dès lors, le passage de la boucle se fait au centre d’un petit conduit de résine sans jamais toucher la mousse du pain et il ne peut y avoir d’infiltration d’eau. Le seul danger de cette technique se situe au moment où l’on perce le petit chenal pour paser la boucle, il faut vraiment bien être au centre du « fût » de résine.

Après, il suffit de faire un bon nœud qui reste enfoncé dans le boîtier afin de ne pas gêner la glisse et sur le pont, seule une petite boucle dépasse à laquelle il faut venir fixer le leash. Ca ne coûte que dalle et de plus c’est très solide car à chaque gamelle (ou passage de barre délicat !) toute la traction se fait sur la boucle qui traverse la planche de part en part et qui tire sur le boîtier US. Ce même boîtier lui-même coulé dans un « coffrage » de micro-ballon et de résine et recouvert de deux couches de fibre de verre et du glass. C’est incassable.


Quant à la déco, j’en suis toujours à mes expérimentations de résines teintées et cette fois-ci j’ai joué avec du bleu hélio. Un petit tube de pigment universel que l’on trouve à 7 euros chez Castorama et qui se mélange très très bien à la résine polyester.

Sur le pont, j’ai tenté la peinture acrylique en bombe achetée 9 euros chez Cultura. J’ai réalisé un motif un peu « tribal » sur un masque découpé dans une grande feuille de vynil auto-collant et ensuite pulvérisé la peinture sur les surfaces nues du pain. Malheureusement, lorsque j’ai stratifié par dessus cette peinture acrylique, il y a quand même eu une petite réaction de « coulées » et de diffusion du bleu... Et donc dans l’urgence, j’ai vite rajouté un peu de pigment bleu dans la résine afin de masquer ces coulées sur le joli blanc du pain.

Dommage... Je ne comprends pas, normalement l’acrylique ne réagit pas avec ce genre de résine... je ne le retenterai plus. Voilà en tout cas le genre d’incident qui n’est pas gênant quand on travaille pour soi. Mais lorsqu’on fait une planche pour quelqu’un d’autre et que la déco est un peu foirée, éh bien, quand c’est râté, c’est râté... Et on ne peut pas revenir en arrière... Il faut espérer qu’au final ça lui plaise comme ça...

Pour la carène, j’ai travaillé à partir de la photo d’une planche de Cooper Fish vue dans le Surfer Journal n° 44 : c’est à dire une sorte « d’éclaté », de soleil ou d’étoile au centre de la planche. J’ai réalisé d’abord l’éclaté avec la couleur la plus claire, en l’ocurrence le blanc, et ensuite, coulé le bleu foncé là où il n’y avait pas de blanc.

A force de racler, les deux couleurs se mélangent en créant des pseudos marbures mais le blanc reste apparent sous le bleu. Et ce, dans le but de venir apposer dans cette partie plus claire la fameuse sirène ( !).

Eh oui, dans un délire un peu alcoolisé, on avait décidé de dessiner pour notre Coco une superbe et pulpeuse sirène habillée de la plus belle cape de Clark Kent et évidement dans son inoubliable posture un bras levé et un bras le long du corps. Et le tout, avec un visage d’ange et le sourire de la béatitude, ultime extase du surfeur serein et heureux après une session mémorable.

Le résultat est assez kitch mais à se pisser à la culotte ! Cette même sirène, est entourée du texte : « SUPER COCO MODEL » car il n’y a pas de raison... si Tudor, Wingnuts ou Slater ont eu droit à leur modèle, pour quoi pas Coco ?!


Quant au fameux « liner », suite au petit souci de coulées sur le pont avec le bleu acrylique, j’ai opté pour un filet blanc. J’ai donc réalisé un masquage tout le long du pont et préparé un mélange bien opaque de résine teintée de blanc.

Le résultat est d’autant plus réussi que le blanc donne l’impression d’une planche moins « lourde » et plus effilée.


Et voilà, le résultat est un shape hybride entre une évolutive et un egg de Takayama, le tout en 8 pieds et pour un poids total de 6 kilos. Ce n’est pas très lourd quand on voit le volume, la latte d’un centimètre d’épasseur, les 5 couche de fibre de verre et le glass.

Y a plus qu’ à la mettre à l’eau et espérer qu’elle glisse, qu’elle tourne et aille aussi bien que Coco aura pu en rêver jusqu’à l’été prochain ! A suivre...

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