Poisson frais et polystyrène.

mardi 13 juin 2006.
 

Un fish pour l’été, ça te tente ? Un beau fish tout rond avec un beau swallow tail ? J’écris donc ce petit reportage au jour le jour pour te permettre de suivre la construction.

N’étant pas actuellement dans le sud près de mes outils de shape, je vais devoir travailler avec peu de matériel...et beaucoup d’improvisation.

On the shape again !

Tous les gens qui me connaissent savent que je suis un mec très tendance. Depuis bien des années, je suis scrupuleusement la mode.

En ce moment, sur les plages branchées, la mode est au fish. Donc, mon honneur est en jeu : un fish sinon rien. Alors, c’est parti, fait chauffer le rabot, Jo, on part à la pêche !

-article mis à jour le 10/09/06-


Le pain de mousse

Tout d’abord, il faut choisir le shape. Les fish de pro font 5’11" x 20,5". N’étant pas tout à fait pro ;-) et les vagues d’été n’étant pas parfaites, j’arrête mes cotes sur 6’0" x 21,5".

La technique de fabrication, comme d’habitude, se fera en EPS+Epoxy. Mais n’ayant pas actuellement ici de fil chaud pour tailler mon pain moi-même, j’opte cette fois pour un pain EPS 30 kg/m3 découpé sur mesure chez Atua Cores. http://www.atuacores.com/

Grâce au logiciel SurfDésigner, on peut, directement en ligne, créer son pain sur mesure :

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Conception Assistée par Ordinateur (CAO)

Quand le traçage numérique est terminé, on peu directement passer commande en ligne.


Trois jour plus tard, le colis arrive à la maison. Le pain est emballé dans son bloc d’origine :

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Réception du colis. Le pain est dans sa dépouille.

On ouvre : hooooooo !

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Ouverture du colis. Le pain est bien protégé.

On vérifie si les côtes sont bonnes (normalement, c’est correct au millimètre)

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Vue de profil. Le rocker est déjà bien visible.

On garde bien la dépouille qui servira de rangement tout au long des travaux.

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Vue des dépouilles d’outline et de la carène (à gauche)

Shape du Vé

La planche est pré-découpée mais elle ressemble quand même encore à un gros morceau de sucre avec du rocker. Le shape est loin d’être terminé.

Je commence par mettre en place un Vé de 2 x 6mm qui démarre à 2 pieds de l’arrière jusqu’à l’arrière.

Après un rapide petit traçage, je shape le Vé avec la grande cale à poncer :

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Dégagement du Vé avec la grande cale à poncer.

Pendant toute le ponçage, je me livre souvent au contrôle du Vé. Je me réfère bien sûr aux repères que j’ai tracé sur les cotés du pain mais il faut aussi que ce Vé soit bien régulier. Et là, rien ne remplace le coup d’oeil !

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Contrôle du Vé

Shape du double concave

Les carènes plates fonctionnent bien. Mais ajouter du concave améliore la prise de vitesse. Je me décide pour un double concave (4mm) à l’arrière.

Je commence donc par dégrossir rapidement mes concaves avec une mini râpe à surfoam. Le travail est grossier mais rapide et assez régulier :

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Dégrossir le concave au surfoam

Ensuite, je lisse la surface obtenue grâce à une cale à poncer convexe. Cette cale est taillée spécialement dans un petit bloc de mousse puis enrobée de papier de verre 40.

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Ponçage du concave à la cale convexe.

Régulièrement, je contrôle mes deux concaves. Ils doivent être symétriques et progressifs (de 2 pieds de l’arrière jusqu’à l’arrière)

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Contrôle du concave

Sans être une carène bonzer, une meilleure canalisation du flux d’eau vers l’arrière devrait permettre une meilleure efficacité des ailerons ; donc de meilleures accélérations.


Shape du Swallow-tail

Très important : on trace et on découpe sur la carène avec la carène en haut (pas comme sur la photo ci-dessous ;-). Fatalement, l’autre coté est moins bien découpé mais on s’en fiche car c’est la pont et il va être poncé.

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Traçage du swallow-tail puis découpe à la lame de scie à métaux

Et voilà à quoi ressemble ce beau swallow-tail avant le shape des rails :

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Vue du tail avant le shape des rails (photo déformée par l’objectif grand angle)

Shape des rails

Tout commence par un bon traçage. Après avoir calculé les rails sur le papier, on reporte les mesures grâce à un trusquin.

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Traçage des repères de rail au trusquin.

Mon trusquin "home made" permet un traçage au millimètre près ce qui est largement suffisant.

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Détail sur le trusquin "fait maison"

Lors de cette phase de traçage, si on a un doute sur la forme obtenue, il ne faut jamais oublier le célèbre proverbe du shaper : "C’est les mesures qui doivent s’adapter à la courbe et non l’inverse".

A l’attaque !

Tout d’abord, on dégrossi les rails avec le rabot en suivant bien les repères tracés au trusquin.

Si on ne dispose pas de rabot (c’est mon cas actuellement puisque je ne suis pas sur mon lieu de shape habituel), on peut utiliser un cutter neuf.

La méthode du cutter présente quelques difficultés (il faut un bon coup de main et un travail très régulier) mais aussi des avantages (pas de poussière, pas de bruit et on arrache pas les billes contrairement au rabot)

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Découpe au cutter

Puis on enlève le surplus avec une cale à poncer (papier 40) ou un surfoam. Attention : le surfoam a tendance à arracher les billes du polystyrène expansé.

Et voilà un petit coup d’oeil sur les rails avant le ponçage de finition :

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Rails avant ponçage : tail / 1’tail / milieu / 1’nose / nose
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de l’arrière vers l’avant

Ponçage de finition

Je travaille en douceur avec une cale à main et du papier 80 puis 120. Il est important de ne poncer que sur des surfaces en pente (incliner la planche) car toute bille de polystyrène arrachée et coincée entre la cale et la planche peut provoquer une rayure.

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Ponçage de finition (rail inférieur)
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Ponçage de finition (tail)

Le tail est terminé mais on aperçoit bien les défauts de surface du polystyrene expansé (petits arrachements de billes). C’est difficile à éviter et cela implique généralement une petite couche de microballon avant la stratification pour boucher les trous.

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tail terminé

Et le shape est fini !

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Pont terminé
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Carène terminée

Tel un poisson à l’étalage, le fish retourne dans son casier en polystyrène ou il restera à l’abri des chocs en attendant la stratification :

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Au frais dans sa boite !

Nose et Tail en bois

On aime ou non, mais les noses et tails en bois protègent bien. C’est leur rôle principal. Accessoirement, c’est joli mais aussi un peu plus lourd.

Dans le cas de ce fish, je veux absolument protéger les deux petits tails car ils sont assez pointus et seront souvent sollicités pour poser la planche debout. Tant qu’à faire, je fais aussi le nose.

J’utilise un bois ayant un fil et une couleur qui me plaisent. Les bois "light" comme le balsa ou le red-cedar sont a proscrire car ils sont très hydrophiles et absorbent l’eau à la moindre infiltration.

Je découpe donc proprement le bout du nose avec un cutter puis je sculpte une pièce identique en bois. Facile à dire, plus dur à faire mais de nombreux essais sont possibles sans autre conséquence qu’une perte de temps.

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le nose en bois avant la pose

Ensuite, je colle à la colle à bois.

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le nose en bois après collage et avant le ponçage d’ajustement

Et je termine par un petit coup de ponçage tout doux. Attention à la mousse qui se ponce bien plus vite que le bois.

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le nose en bois vu de face

En cas de petit trou, ne pas trop insister ; on rebouchera plus tard avec du microballon.

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le petit tail gauche en bois

Et voilà pour le shape

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C’est beau non ? Mais non, je parle pas de moi ! mais de la planche...

Préparation de la surface du pain de mousse

Le polystyrene shapé et poncé, même finement, n’est pas très beau. Il y a souvant plein de petits trous. Il faut les boucher avec du mastic. Pourquoi ?

- parce que sinon, le pain va boire toute la résine lors de la premiere couche de stratification. Le résultat va prendre du poids inutilement.
- esthétiquement, c’est pas terrible. Surtout si on fait une résine teintée car la teinte va faire des amas plus puissants au niveau des trous.

Pour préparer le mastic, on utilise de la résine à laquelle on ajoute de la silice pour la rendre moins fluide. Le but rechercher est un recouvrement maximum sans infiltration de résine dans le pain. La silice empêche cette infiltration.

Le mélange résine plus silice étant translucide, on ajoute de la teinte blanche ou du microballon pour que le mastic soit blanc opaque. Cela constitue une bonne base pour la décoration.

La silice et le microballon se ressemblent. Pourtant, ils ont des caractéristiques très différentes. Il faut donc les distinguer. Sur la photo ci-dessous, on voit bien que la silice est un peu translucide.

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à gauche : la silice / à droite : le microballon

J’ai donc fais un mélange résine + silice + microballon que j’ai étalé à la spatule très souple (découpée dans un bidon de résine en plastique)

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on étale le mastic à la spatule souple (à gauche, on voit que c’est déjà fait)

Le résultat est bien visible sur la photo ci-dessous :

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à gauche, c’est le polystyrene brut. à droite, les trous sont bouchés

La deco

La déco permet beaucoup de "folies" et il faut donc prendre des décisions avant d’attaquer. Je vais rester sobre (pour une fois ;-) et utiliser un vieux truc bien classique : la résine teintée.

Avantages :
- une couleur bien profonde,
- une bien meilleure accroche sur le pain que la peinture car la teinte étant dans la masse, il n’y a pas de séparation entre la résine et le pain,
- un prix ridicule car la teinte ne coûte presque rien.

Inconvéniants :
- les recouvrement de couche au niveau des rails sont délicats car les surcouches foncent la teinte. Il faut donc faire de "cut-lap" et c’est pas simple.
- une réelle difficulté à reproduire deux fois la même couleur ce qui oblige à préparer plus de résine teintée que nécessaire (par prudence)

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vue sur le pont teinté / les deux indispensables pour une bonne strat

Le masquage du "cut-lap"

Tout d’abord et pour les raisons qui ont été citées plus haut, on fait le masquage du "cut-lap".

- on trace au trusquin une marge bien régulière de 3cm par exemple)
- on applique un ruban de masquage à partir du trait vers l’axe central (appliquation soigneuse et fermement plaquée pour ne pas que la résine passe dessous)

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pose soigneuse du ruban fin

- on fait un gros masquage avec du ruban large et du film plastique.

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masquage au ruban large et film plastique (sac poubelle de 100 litres)
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le masquage est prêt !

La Stratification en résine teintée

C’est une stratification classique mais :

- on teinte la résine avec une teinte en poudre ou liquide
- on évite totalement les recouvrement de fibre (nose et tail) car la surcouche modifie la couleur.

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découpe de la fibre - on laisse entre 2 et 5 centimetres sous le rail
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à deux, c’est mieux !
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pinceau et rouleau

Quand la premiere couche est presque dure (elle doit encore coller un peu au doigt) on découpe la fibre exédentaire. On utilise pour cela un cutter et on longe l’extérieur du ruban fin. Imanquablement, on va trancher un peu dans le pain de mousse mais celà n’a aucune importance.

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Le cut-lap après découpe du ruban de masquage.

On fait exactement la même chose pour l’autre face.

Quand les deux faces de résine teintée sont stratifiées et dures, on peut poser des liserets qu’on trouvera chez norautofeuxvert au rayon du tunning (pour une fois que ce rayon sert à quelque chose ;-)

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option : pose des pin-lines et des papiers de déco

Juste avant de faire la couche supérieure (non teintée) on positionne les logos en papier de soie et hop, on passe à la suite...


La Stratification des couches supérieures

Dans mon cas, j’ai fais du costaud (comme d’ab ! ) :

Dessus :

- 6oz teintée jaune (avec recouvrement des rails)
- 6oz non teintée (en pad, sans recouvrement des rails)
- 4oz non teintée (avec recouvrement des rails)

Dessous :

- 6oz teintée jaune (avec recouvrement des rails)
- 6oz non teintée en petits renforts de plug d’aileron
- 4oz non teintée (avec recouvrement des rails)

La stratification non teintée ne présente pas plus de difficultés qu’habituellement. Je n’en dirais pas plus et je me contente de donner quelques astuces qui simplifient la vie du glasseur amateur :

- pour bien enduire les rabats de résine, il suffit (une fois qu’on a bien fait le dessus) de retourner les rabats sur la fibre du dessus. Les rabats vont bien s’enduire de résine par capilarité et ils seront faciles à coller sur le rail et sur le dessous :

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imprégnation des rabats (avec des gants svp ! faites pas comme moi ;-)

- difficile de faire stratifier le pin-tail ? Si la fibre ne veux pas bien coller, on attend un peu qu’elle commence à gélifier puis on plaque tout avec un film de protection alimentaire (faire attention à ne pas emprisonner de bulles). En contre partie, il faut s’attendre à quelques difficultés pour retirer le film (attendre que tout soit bien sec)

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un beau tail bien chargé en résine

- difficile de bien emrober le nose de fibre ? On peut utiliser la technique ci-dessus ou bien se contenter d’un petit rectangle de fibre bien plaqué et sans bulles.

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un beau nose bien protégé

Le Glass

Le glass est une couche de résine qui va recouvrir toute la planche et enrober/combler toutes les irrégularités... mais pas les gros défauts !

Il faut donc, avant de commencer le glass couper au cutter et limer au papier de verre tous les bouts de fibre qui dépassent (surtout au nose et tail). Il faut quand même faire bien attention à ne pas attaquer la couche de fibre, donc : attention.

Quand le pain est prêt, on colle un ruban adhésif à mi-hauteur du rail pour empêcher les coulées de résine. C’est simple, facile à poser et très efficace.

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Skotch d’anti-dégoulinage !

Ensuite, je prepare 300 grammes de résine que je charge légèrement de silice pour la rendre un peu plus épaisse (consistance compote) et j’étale le tout avec un pinceau large de bonne qualité (qui ne perd pas ses poils !! ). Et je lisse, je re-lisse et je re-re-lisse pendant 5 à 10 mn. L’excès de résine peut alors s’écouler sur les rails sans problème (merci le scotch :-).

Je laisse gélifier puis j’enlève le scotch avant que la résine ne soit trop dure.

Quand tout est bien dur, je fais la même chose de l’autre coté.


La pose des plugs d’Aileron

Tout dépend du modèle de plug d’aileron (fixes, PowerDrive, FCS...)

Je prépare donc un article sur la pose des plugs PowerDrive qui sera disponible...quand je l’aurai écrit !


Le Ponçage

Pour cette étape, il faut un bonne ponceuse qui ne tourne pas trop vite (variateur) et équipée d’un porte disque souple. J’utilise des disques de calibre 100, 200, 400.

La méthode est simple :
- je commence par le disque 100
- je ponce régulièrement toute la surface
- en ne restant jamais longtemps au même endroit
- en mettant le disque bien à plat
- en faisant attention de ne pas trop appuyer sur les rails
- en dépoussièrant de temps en temps pour vérifier mon travail (brosse ou air comprimé).

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Bien à plat et on bouge...

L’exemple du truc à ne pas faire : poncer trop fort et attaquer la couche de fibre. Y’a plus qu’à reglasser la zone abimée.

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Pas bien !

Quand je ne vois plus aucune rayure, je passe à un disque plus fin (200 puis 400).


Le Plug de leash "à l’ancienne"

C’est un peu long à expliquer. Aussi, je te renvoi sur l’article suivant dans lequel je détaille tout. Juste pour te faire envie, voilà ce que ça donne :

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Et voilà le résultat !

Le Polissage final

Quand j’ai fini le passage du disque 400, je continue à la main avec du papier à l’eau de 800 puis 1200 (il doit toujours être mouillé).

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Merci Patrick !

Et voilà. L’aspect final est un joli poli mat. Pour obtenir, un glass brillant, c’est une autre histoire que je ne me risquerais pas à décrire ici.

Tout au plus, voilà quelques pistes :
- lustrage au polish et beaucoup de patience
- résine époxy superfluide (Résoltech 1070)
- résine époxy diluée à l’alcool à bruler (20% du poids de la resine)
- verni polyuréthane bicomposant (la photo de droite)
- gloss à la résine polyesther + 3% parafine.
- gloss à la résine polyesther diluée à l’acétone
- ...

à bientôt pour la suite...


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