Le Grand Pardon

jeudi 13 octobre 2005.
 

"Jamais l’Océan tu n’insulteras, ou punis tu seras, jeune Padawan ! " Une fois de plus cette petite règle précieuse s’est vérifiée ! Tout avait bien commencé Samedi passé (le 8-10-2005) lorsque Jojo et moi avions surfé dans de petites conditions mais glassy et très régulières. Une rentrée de houle était prévue en fin d’après-midi mais celle-ci s’est fait attendre pour n’arriver qu’en milieu de nuit. Impatients et insolents, nous avons a plusieurs reprises "motivé" l’Océan et parfois même proféré des menaces et "micro-insultes" pas vraiment recommandées !!!

Ehhh oui, quoi qu’on en pense, Mère Nature a les oreilles bien tendues et une mémoire de pachyderme ! Ce qui signifie qu’elle enregistre tous nos actes et tous nos mots et qu’elle nous le fait payer un jour ou l’autre ! Résultat des courses, malgré la présentation de nos plus plates excuses et la démonstration de notre passion la plus sincère envers l’Océan, les premiers signes de vengeance ne sont pas faits attendre. Tout a commencé dimanche par une session dans des conditions verticales au beau milieu du brouillard à nous faire malmener entre barres infranchissables, forts courants et mâchoires océanes radicales et efficaces. Notre reporter favori, Steph, en a tiré une B.D. bien rigolote d’ailleurs !

Lundi soir non content d’avoir si mal surfé la veille, j’ai remis ça à Hendaye face au Valencia, au beau milieu d’une quarantaine de surfeurs affamés dans des conditions totalement irrégulières et imprévisibles... Session minable...

Mardi soir toujours aussi déçu de la session d’Hendaye, prenant mon courage à deux mains, et "Force et Honneur", me voilà parti à l’assaut de La Centrale de Bidart. Il y avait beaucoup moins de monde à l’eau et ce à cause d’une jolie barre à franchir et de la houle grossissante. Là encore, pas de cadeau, je me suis fait maltraiter et je commençais à comprendre le message ! Une fois de plus je me suis incliné et repenti. Je Lui ai présenté mes plus plates excuses et montré toute ma détermination et toute ma passion pour ces jolies vagues qui venaient caresser les falaises de Bidart. La session fut déjà plus rassurante mais je ne fus pas vraiment gâté...

Ce n’est que mercredi soir, après trois jours de repentir, que l’Océan m’a octroyé son Grand Pardon. Reparti pour Bidart, le vent tiède qui venait de la terre rendait le plan d’eau très propre et on apercevait les lignes d’eau très loin vers l’horizon. L’excitation était à son comble malgré la crainte de me faire à nouveau dévorer ! J’avais décidé de prendre la planche de Piou, au tissus tahitien, et d’offrir à l’Océan le meilleur de moi même.

Une fois passé la barre, après quelques machines à laver sans essorage, je me suis assis pour récupérer d’une part et observer le magnifique spectacle qu’offrent les falaises de la corniche basque entre Guéthary et Biarritz.

Les vagues arrivaient très régulièrement et avec la puissance des vagues d’automne ; ces vagues qui rappellent que l’été est fini et que les dépressions de l’atlantique nord envoient des houles puissantes et déterminées.

De derrière la barre, chaque vague laissait s’envoler des nuages de vapeur d’eau tels des cheveux d’ange formant un petit arc-en-ciel derrière chaque grondement. Nous n’étions pas nombreux et chaque série laissait le choix de partir à gauche ou à droite. Après ce petit repos bienfaisant, déterminé je me suis laissé guider par l’Océan et j’ai écouté chaque indice... j’ai lu chaque message qu’il m’envoyait de série en série...

Lorsqu’il me faisait décaler, c’est qu’il estimait que je serais mieux placé pour la série suivante et pour m’offrir une belle droite ou une belle gauche... Je me suis laissé faire en lui offrant toute ma confiance et en comprenant qu’il avait pardonné mes insolences et mes colères du week-end.

La session a été à la hauteur de ce cadeau et chaque vague me motivait à retourner au line-up et me laisser guider à l’endroit idéal du pic. A bout de forces, je suis sorti lorsque le Soleil m’a rappelé à l’ordre et m’a fait comprendre qu’il allait à son tour se plonger dans l’Océan.

Apaisé et rassuré, j’ai profité d’une "énorme" gauche pour rejoindre la plage et me doucher face au coucher de soleil... face à ce spectacle qui jamais ne me déçoit... face à cet Océan indomptable... face à cette Nature qui fixe les règles du jeu et qui jamais ne se laisse manipuler par nos paroles, nos promesses ou par nos actes irrespectueux. C’est ELLE qui décide.

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